Archives de Catégorie: Humeurs

Envie de peine de mort. Encore que… il y a mieux!

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Je suis contre la peine de mort. Un point, c’est tout!

Aujourd’hui, pourtant, j’ai voulu qu’un homme, le dos face au peloton d’exécution, tombe sous les balles. Je l’ai voulu à terre, agonisant, perdant son sang à flot. Sauf que cela ne m’a pas fait du bien.

Aujourd’hui, Rome flambe. Ce n’est pas l’incendie du 18 juillet 64, seulement celui du 18 juillet 2017, mais Rome flambe de même. Rome et ses pins parasols. Rome et sa magnifique pinède. Rome et sa beauté.

Aujourd’hui, le ballet des Canadairs et des hélicoptères était incessant. Ce qui aurait dû être une journée à la mer s’est transformé en une journée de pales d’hélice, un bruit assourdissant, obscurcissant l’air comme l’odeur des pins carbonisés. Les engins volaient dans une danse infernale, les uns après les autres, écopant l’eau de mer au milieu des baigneurs indifférents, alors que le ciel s’assombrissait d’une fumée grisâtre, les branches se tordaient dans un rictus diabolique, les animaux fuyaient le brasier et les hommes se battaient pour sauver les arbres centenaires.

Un pyromane a été arrêté. Un homme qui éprouve du plaisir à enflammer des mouchoirs et à les lancer dans la nature. J’aurais aimé, en l’imaginant tomber sous les balles, éprouver ce même plaisir. Mais cela n’aurait rien changé. J’en avais les larmes aux yeux.

Ma voisine, une dame très distinguée, une vraie dame, m’a chuchoté: « Une exécution serait trop douce. Je lui couperais les doigts, un à un. Et je ne l’amènerais pas au pronto soccorso. »

Pour un peu, je l’aurais embrassée.

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Alors, Docteur?

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Lorsque je reviens de chez le médecin, surtout ceux qui finissent en « logue », ma réponse à la question de mes proches «Alors, qu’est-ce qu’il a dit?»  est invariablement «Il faut que j’arrête de fumer.» Comme si tous les maux de la terre, les miens du moins, ne pouvaient être provoqués que par la cigarette.

Que ce soit le podologue, consulté pour un furoncle à l’orteil la veille d’une soirée où il était impératif que je chausse dix centimètres de talon aiguille, le dermatologue pour une rougeur mal placée – impossible à camoufler sous un col roulé lors d’un été caniculaire – ou le rhumatologue auquel je tentais d’expliquer que mon mal de dos était survenu juste après avoir pris le chat dans les bras, ils m’ont tous, à un moment ou à un autre de la visite, sermonnée sur les méfaits du tabac. De la part d’un pneumologue, je l’aurais compris, mais je n’en ai jamais consulté, préférant éviter certains diagnostics et dépenser le prix de ces consultations imaginaires en cartouches toujours bienvenues et réconfortantes.

Avec le temps, j’en avais déduit que ce petit morceau de papier enroulé autour de quelques feuilles sèches était le bouc-émissaire d’un mal bien plus grand, face auquel tous ces …logues sont impuissants: la vieillesse. Je leur suis reconnaissante pour leur galanterie, mais j’avoue qu’au fond de moi, je leur reproche un peu leur hypocrisie.

Un médecin fait pourtant exception. Jamais mon psychiatre n’a soulevé la moindre critique à l’égard du tabac. Il faut dire que jamais non plus, je ne l’ai vu sans une cigarette allumée entre les doigts. C’est un Iranien d’une soixantaine d’années aux manières douces empreintes d’une bonhomie toute orientale, dont les mains semblent vivre une vie indépendante de sa volonté. Dès que sa cigarette s’éteint, sa main droite plonge au fond de la poche de sa veste et en tire délicatement une nouvelle, alors que la gauche s’empare du briquet pour l’allumer. Ce geste répétitif me fascine au point que je me surprends parfois à l’imiter, mais malheureusement sans sa belle aisance.

La semaine dernière, je lui demandai pourquoi il ne me faisait pas la leçon comme ses confrères et il me raconta que tous les hommes de sa famille, de père en fils, aussi loin qu’il pouvait remonter dans le temps, avaient toujours fumé. Même pendant les quelques semaines de la Révolte du Tabac en Perse, ses aïeux avaient réussi à fumer en cachette. « Nous voyons la vie à travers des volutes de fumée. Cela nous protège du mal, c’est notre insigne. Du reste, c’est dans nos gênes, nous en portons tous la marque, dès notre naissance. Regardez mon index droit: il est légèrement déformé au niveau de l’articulation, juste à l’endroit où je tiens la cigarette. Cette déformation, mon père l’avait, mon grand-père aussi. Et mon fils est né avec. Pour nous, ne pas fumer, c’est mourir. »

J’ai regardé mon index, parfaitement droit, un peu déçue. J’aurais aussi aimé porter la marque du fumeur. Il remarqua mon air dépité et tenta de me rassurer:

– Vous verrez, un jour, vous l’aurez aussi cette déformation. Mais dans votre cas, ajouta-t-il malicieux, ce ne sera pas à cause de la cigarette, ce sera l’âge.

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Je suis toujours Charlie!

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Depuis la parution dans Charlie Hebdo d’une vignette sur le tremblement de terre du 24 août en Italie centrale, les Italiens sont un peu moins Charlie. Mis à part la laideur des personnages, qui rappellent les protagonistes du Gros Dégueulasse de Reiser, le dessin, signé Félix, est d’un mauvais goût insupportable: le dessinateur associe les blessés à des penne à la sauce tomate et à des penne gratinées, et les morts écrasés entre les plaques de béton à la sauce al ragù des lasagnes. Hideux! Lorsque j’ai vu cette vignette pour la première fois, je n’ai même pas compris tout de suite de quoi il s’agissait, tellement il me semblait abject de se moquer ainsi de gens qui avaient tout perdu.

Puis, j’y ai cherché un trait d’humour, même le plus noir – après tout, puisque le sujet était les pâtes, pourquoi ne pas avoir joué sur la célèbre sauce all’amatriciana du nom d’un des villages détruits? – mais je n’ai pas réussi à en trouver un. Difficile, me direz-vous, de rire d’une tragédie qui a fait quelques trois cents morts, mais d’autres y sont parvenus, lors d’autres événements tout aussi tragiques.

J’y ai également cherché, en vain, un message politique, car comme le disent et le répètent les sismologues: « ce ne sont pas les séismes qui tuent les gens, ce sont les bâtiments qui s’effondrent ». Le dessinateur, plutôt que d’intituler sa vignette Séisme à l’italienne, englobant ainsi l’ensemble d’un pays et ses habitants, aurait pu envoyer un message fort s’il avait fait allusion à la corruption endémique et à la mafia qui sévissent en Italie et qui ont permis la construction de structures vulnérables aux tremblements de terre.

Mais rien! Et je comprends que les Italiens, aujourd’hui, soient un peu moins Charlie.

Pourtant…

Pourtant, être un peu moins Charlie parce que le journal fait ce qu’il a toujours fait – seulement aujourd’hui, il le fait au détriment de gens qui nous sont proches, qui sont nos voisins, nos frères – n’est-ce pas être un peu hypocrite? Lorsque cinq dessinateurs se sont fait abattre par une bande de fanatiques, nous fûmes quasiment tous Charlie. Mais être Charlie n’était pas être les cinq dessinateurs assassinés, c’était être la liberté de presse, la liberté d’expression, envers et contre tout, quel que soit le sujet! Etre un peu moins Charlie aujourd’hui, parce que le journal s’attaque à ce qui nous est proche, c’est admettre que ces libertés ont des limites. Mais qui va les définir? Et selon quel dogme?

J’ai alors regardé la vignette de Félix d’un autre œil. Je n’ai peut-être pas compris son humour, je n’ai certainement pas su y lire son message – car, en réalité, je suis convaincue qu’il n’a pas cherché à tourner en dérision les victimes du séisme, bien au contraire, qu’il a voulu dénoncer des dérives politiques, malheureusement d’une manière qui m’a échappé – mais j’y vu ce que la France a de plus précieux: des libertés d’opinion, d’expression et de presse presqu’uniques au monde. Même si la majorité des médias de l’hexagone patauge dans un marécage d’autocensure et de politiquement correct imbécile, il reste néanmoins un Charlie Hebdo pour se battre « contre ceux qui nous empêchent de penser », comme le journal se définit lui-même.

Cavanna, le fondateur de Charlie Hebdo, disait qu’« un bon dessin est un coup de poing dans la gueule ». Le dessin de Félix est tout à fait dans la ligne du journal et Charlie Hebdo a fait un excellent travail en le publiant. Il nous a frappés en plein visage et nous a mis en colère. A nous maintenant de décider si cette colère doit être dirigée contre un journal satirique qui a publié une vignette dont le sens nous échappe ou contre ceux responsables de cette tragédie. Pour ma part, j’ai choisi: je suis toujours Charlie!

Addendum: Alors que je cherchais dans la bibliothèque d’images de Google la vignette de Félix, je suis tombée par hasard sur une de Coco qui ne peut pas mieux illustrer ma conclusion.

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Le lion est mort ce soir

Emily Tan

Il y a deux mois encore, si j’avais tapé « Cecil » dans la barre de recherches de Google, les premiers liens proposés auraient certainement été des articles concernant soit l’homme d’affaires britannique Cecil Rhodes, soit les nombreux descendants de l’aristocrate anglais Sir Robert Cecil. Aujourd’hui, page après page, je ne vois que des liens traitant l’assassinat du lion Cecil au Zimbabwe le 1er juillet 2015.

Après un mois d’indignation populaire, relayée par les médias et les réseaux sociaux, commencent à sortir les premiers articles pour dénoncer cette indignation que certains jugent déplacée en regard des graves problèmes – boudés par le grand public – auxquels doivent faire face, autant les Zimbabwéens que certaines autres populations défavorisées, prenant pour exemple l’assassinat d’Ali Dawabcheh, un bébé palestinien de dix-mois, brûlé vif il y a quelques jours, par des extrémistes israéliens.

Effectivement, un contrôle rapide sur Google donne 112 millions de résultats à la recherche « Cecil + lion », mais 27’400 seulement à celle de « Ali Dawabcheh », 1 million à celle de « bébé + palestinien + brulé + vif » et 4 millions à celle de « palestinian + baby + burn + death ».

Je ne sais que penser de cette différence. L’une et l’autre des victimes étaient l’innocence incarnée.

Si le bébé avait été juif et tué par des Palestiniens, la couverture médiatique et l’indignation populaire auraient-elles été plus grandes ? Non. L’affaire Haya-Zissel Braun, le bébé de trois mois israélo-américain, tué lorsqu’un terroriste palestinien a foncé avec sa voiture sur un arrêt de bus à Jérusalem en octobre 2014, donne moins de 10’000 résultats sur Google. L’affaire Merah, en 2012 en France, où sept personnes dont trois enfants juifs ont trouvé la mort, donne un demi-million de résultats.

En réalité, c’est le nombre d’entrées concernant Cecil qui est surprenant. Il est plus du double des 50 millions que donne « Charlie + Hebdo ». Les indignés de cette immense indignation populaire auraient-ils raison ? Avons-nous à ce point perdu le sens des valeurs d’être plus touchés par la mort d’un lion que par celle d’un enfant ?

Non !

Cecil n’est pas le premier lion à se faire tuer. Selon l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, le lion africain est considéré comme vulnérable depuis 2004 avec une population actuelle entre 23’000 et 30’000 individus. Entre 1999 et 2008, plus de cinq mille lions ont été tués, sans que l’opinion publique ne s’en émeuve. Alors pourquoi Cecil ?

Parce que Cecil avait un nom.

Et l’esprit humain a besoin d’un visage, d’un nom, d’un individu, pour pouvoir saisir l’ampleur d’une catastrophe. Souvenez-vous le tremblement de terre du 13 novembre 1985 en Colombie où quelques 23’000 personnes trouvèrent la mort. Pendant trois jours et trois nuits, les caméras du monde entier restèrent braquées sur l’agonie d’une adolescente, Omayra Sánchez, coincée dans les gravats. Cette focalisation des médias sur un individu fut plus tard critiquée comme ayant servi à occulter la faillite des secours locaux, mais pour le grand public, elle permit de mettre un visage sur une catastrophe dont l’ampleur était telle qu’il n’arrivait pas à la concevoir. 23’000 morts était un nombre, Omayra Sánchez était une victime.

Depuis, chaque catastrophe a eu son visage, sa victime.

Cecil est le visage d’une catastrophe. Celle d’une innocence assassinée. Mais, alors, pourquoi pas Ali ? Lui aussi est une innocence assassinée. Oui, mais Ali est une victime parmi d’autres et d’autres Ali ont ému nos cœurs avant lui.

Par contre, aucun lion, ni aucune girafe, aucun rhinocéros, aucun éléphant, assassiné avant Cecil, ne portait un nom comme lui portait le sien. Il faisait partie depuis 2008 de l’immense projet d’études sur les lions africains du département de zoologie de l’université d’Oxford et il était la première attraction touristique du parc Hwange, l’un des derniers grands sanctuaires pour les espèces protégées. C’était une bête magnifique, à la crinière noire, au regard ambré, à la démarche assurée et élégante, qui n’avait pas appris à craindre celui qui deviendra son pire ennemi, l’homme. Au contraire, l’homme était le dernier animal dont il aurait pu se méfier, puisqu’il le fréquentait régulièrement de manière pacifique. Cecil vivait à l’état sauvage dans un environnement hostile, mais où il aurait eu toutes ses chances de survivre jusqu’à un âge avancé.

Sauf qu’il a été dupé. L’homme, son ami, l’a appâté avec une charogne et Cecil est sorti du parc. Les règles n’étaient plus les mêmes. Son ami devenait son ennemi et Cecil n’eut même pas la chance de combattre, de se défendre. Son agonie a duré quarante heures. Et pour ajouter l’injure au crime, son cadavre a été vandalisé pour servir de décoration.

En apprenant la nouvelle, nous avons cru pouvoir dire que nous étions le lion, la victime innocente. Mais nous savions que nous étions l’homme, le traître.

Alors Cecil, à la différence d’Ali, est devenu non seulement le symbole de l’innocence assassinée, mais également celui du mal que nous pouvions faire. De son vivant, Cecil avait été le représentant du Paradis perdu, de la nature avant que l’homme n’y imprime sa marque. Il était ce que nous avions perdu dans notre tradition judéo-chrétienne et que nous pouvions entr’apercevoir, le temps d’un safari. En le tuant, nous avons souillé le jardin d’Eden.

Sa mort, bien sûr, n’est pas à mettre dans la même balance que celle d’Ali, mais nous ne pouvons pas lui enlever l’importance qu’elle représente pour l’espèce humaine. Elle nous rappelle ce que nous sommes en réalité : des brutes, des sauvages qui écrasons tout ce que se trouve sur notre passage, tout ce qui nous empêche de progresser, d’avancer, d’assouvir nos désirs, nos ambitions. Tout, même ce qui nous permet de survivre, car sans Cecil, nous ne sommes plus rien ; sans Cecil, nous disparaissons.

Et s’il y a 112 millions d’entrées sur Google avec le nom « Cecil », pourquoi pas, si cela peut nous permettre de reprendre conscience de nos responsabilités en tant qu’espèce dominante sur cette planète ?

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Tattoo ou rien

– Dis Marraine, il faut que je te dise, j’envisage de me faire un tatouage.
– Quoi? Tu ne vas pas bien? Tu as des problèmes? Tu veux qu’on en parle? Tu sais, je suis toujours là pour toi…
– Marraaaainnne……
– Tu sais, tu peux tout me dire. Tu t’es fait larguer par ta copine? Tu t’en sors pas à la fac? Tu…
– Marraine!
– Quoi?
– Tu es impossible, on ne peut jamais parler sérieusement avec toi!
– Bon, d’accord… Dis-moi tout!
– Ben tu vois, j’aimerais bien avoir un tatouage qui me rappellera dans trente ans ce que je suis aujourd’hui.
– Ah? Pourquoi t’écris pas un livre? Tu te racontes, tu trouves un éditeur et tu publies. Qu’il soit bon ou mauvais, ton livre sera toujours là pour te rappeler tes vingt ans.
– Marraine… tu recommences!
– Non, non, tu es doué en français, tu étudies philo, tu devrais y arriver.
– Je veux un tatouage!
– Tu peux aussi faire comme Dorian Gray…
– Marraine!
– Mais enfin, mon neveu, tu ne vois pas que les tatouages c’est la régression? Tu veux quoi, ressembler à un Papou?
– Tu ne serais pas en train de me dire que nous sommes supérieurs aux Papous par hasard?
– Si! Enfin non! Ecoute, m’énerve pas! Supérieur, inférieur, je m’en fous. Ils sont différents, là! Les tatouages, c’est pour eux, pas pour nous! Tu imagines un Papou avec un costume trois pièces, un chapeau melon et un parapluie?
– T’es rigolote…
– Sans parler du vieillissement… Tu sais quel tête il aura ton tatouage dans trente ans? Il sera tout flétri et quand tu le regarderas, tu te diras que t’étais franchement moche.
– Ah bon? Je suis moche?
– Arrête de me faire dire ce que je n’ai pas dit!
– De toute façon, il faut te mettre à la page, les tatouages, cela fait aussi partie de notre culture…
– CULTURE? CULTUUUURE?
– Hurle pas, Marraine, hurle pas!
– Mais enfin, mon neveu, notre culture, c’est Saint-Pierre de Rome, c’est le Requiem de Mozart, c’est la Recherche du temps perdu. T’imagines Proust avec un tatouage?
– Je parle de culture populaire…
– Ah! Parce que maintenant tu veux ressembler à tout le monde?
– Tu sais que tu deviens vraiment réac…
– Merci pour le réac! Bon, alors, si tu veux vraiment marquer le coup, fais-toi une scarification!
– J’y ai pensé…
– QUOI?
– Hurle pas, Marraine, hurle pas!
– Tu as pensé à te faire une scarification?
– Oui, tu sais, au XIXe siècle, il y avait un truc appelé Mensur. C’étaient des duels au sabre organisés entre les différentes fraternités allemandes. Seuls les yeux et le cou étaient protégés, ce qui fait que beaucoup d’étudiants avaient des cicatrices sur le visage. C’était une preuve de bravoure. Il paraît que c’est encore en pratique de nos jours. Ce serait cool.
– …
– Marraine, tu ne dis plus rien?
– Bon mon neveu, tu le fais quand ce tatouage? Dis, tu me le montreras?

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Art ou ne pas art, telle est la question

Inutile d’essayer de me justifier préalablement en prétextant que j’étais en vacances ce jour-là. Non! Non! Que j’aie été à Genève ou non n’aurait rien changé, j’aurais de toute manière passé à côté de cette polémique. Car les nouvelles genevoises ne m’ont jamais vraiment intéressée. Je les regarde d’une oreille et les écoute d’un oeil.

Il n’est donc pas étonnant que j’aie traversé un jour de fin juillet le pont du Mont-Blanc et que j’y aie découvert les drapeaux blancs à l’effigie de Döner Kebab sans savoir le moins du monde de quoi il s’agissait. Je me souviens de ma première impression: si le pont devient un support de publicité, où va-t-on? Mais avant même d’avoir atteint l’autre rive, je trouvais l’idée assez bonne: après tout, on traverse une crise, et si une société veut payer pour se faire voir et renflouer ainsi les caisses de l’Etat, pourquoi pas? En plus, les drapeaux se fondaient relativement bien dans le paysage et j’ai essayé d’imaginer l’effet que cela aurait donné si Mc Donald’s avait pris cette initiative en premier. Encore que leur logo aux couleurs rouge et or ne soit pas si étranger à nos couleurs genevoises…

Marine Galley/BFAS Blondeau Fine Art Services

Les drapeaux sont entrés dans mon univers urbain, l’été est passé et aujourd’hui, par hasard, je tombe sur un article de la Tribune de Genève à ce sujet. Je n’avais donc pas lu ceux de l’inauguration à mi-juillet, mais celui d’aujourd’hui m’a particulièrement bien résumé la situation. La catégorie Art contemporain de la rubrique Culture titre en gros: « Les kebabs sur le pont du Mont-Blanc ont été retirés hier. Réactions ». Stupeur et tremblement!, pour citer l’adorable Amélie Nothomb, mais j’aurais tout aussi bien pu chercher du côté du Capitaine Haddock: « Mille milliards de mille sabords de tonnerre de Brest! » Qu’est-ce que la culture ou l’art contemporain a à voir avec ces publicités? Je continue ma lecture et le chapeau de l’article me confirme que ce n’est pas une erreur de disposition éditoriale: « Les drapeaux de l’artiste Jonathan Monk ont suscité la polémique cet été. Quelles conclusions en tirent la Ville et les organisateurs? »  On parle donc bien d’art ici!

A moins que… Dans mon esprit chicanier s’insinue l’idée que « l’artiste » Jonathan Monk est certainement le fils désoeuvré et boutonneux de la favorite du cousin au second degré du meilleur ami de notre cher magistrat en charge de la Culture et que notre République de copains et de coquins lui a trouvé une position quelconque afin que les affaires de l’Etat puissent continuer à tourner, tout le monde sachant l’influence des éminences grises telles que les favorites dans les gouvernements. Bien m’en a pris de ne pas publier une telle information au vu et au su de tout le monde, car Jonathan Monk est réellement un artiste contemporain, anglais de surcroît. Je googlise son nom, choisis les liens photos et regrette sur le champ d’avoir raté ma vocation. Mon mari, l’autre jour, plaisantait au sujet du sprinter Usain Bolt qui gagne 30’000 euros par seconde, et je me demande ce qu’il dira lorsqu’il verra l’art de Jonathan:

© Jonathan Monk
All the tens in 2010 (in order of appearence), 2010
calendar sheets
17,5 x 80 x 3,5 cm

Mais revenons-en à mes kebabs!  Certaines phrases me sautent au visage: « Les Arabes envahissent les Fêtes de Genève » (Heureusement, tiens! Le jour où ils ne les envahiront plus, nous n’aurons plus que les yeux pour pleurer); « La Ville encourage la malbouffe » (C’est un peu exagéré, non? Les kebabs, c’est juste de la viande grillée comme nous l’aimons, surtout quand nos voisins la préparent sur leur terrasse ou dans leur jardin les jours où la bise souffle dans notre direction); « C’est avec nos impôts que l’on finance ces affreux drapeaux qui ne sont pas de l’art » (La remarque est pertinente, maintenant que j’ai compris que ce n’était pas de la publicité. Heureusement, la réponse arrive quelques lignes plus loin: « Pas de coûts pour la Ville! »). Les journalistes n’ont pas réussi à recueillir un seul commentaire positif. Les réactions parlent d’elles-même: le peuple est mécontent!

Maintenant les conclusions des organisateurs. Le but de la démarche était de « sortir l’art contemporain de son quartier de prédilection et l’ouvrir au grand public ». Sérieux? Je ne suis pas une experte de l’art contemporain. Loin de là! En fait, mes connaissances se sont arrêtées devant une toile blanche. Non! Pas blanche! Une toile non peinte, une toile vierge, intitulée Pré avec vache. J’avais demandé où était le pré et on m’avait répondu que la vache l’avait brouté. Et la vache? Elle était partie puisqu’il n’y avait plus rien à brouter… Depuis, l’art contemporain et moi avions pris des chemins différents. Je suis donc la citoyenne idéale pour expérimenter ce genre de projet. Dois-je vraiment vous le dire? L’Association Quartier des Bains ne m’a pas plus ouverte à l’art contemporain que les prés et les vaches. Elle a failli!

Pré avec vache

Cette association parle en outre d’aspect « socioculturel », de questions de « pluriculturalité et d’immigration ». Intéressant! En plus d’être de l’art, ces drapeaux étaient donc l’oriflamme de nos minorités? Et moi qui croyais que ce genre de représentation, publicitaire ou artistique, où une minorité, quelle qu’elle soit, est figée dans une position subalterne, était au contraire devenu la bannière à honnir des mentalités racistes! Je me surprends un l’instant à imaginer le pont du Mont-Blanc orné de la figure épanouie d’un certain tirailleur sénégalais qui a accompagné notre enfance…

Les conclusions de nos autorités ne sont pas plus convaincantes. Notre cher magistrat en charge de la Culture, vous savez celui dont le meilleur ami… Non, ne revenons pas là-dessus! Sami Kanaan, donc, nous explique que la présence de l’art contemporain dans l’espace public « est un excellent outil pour apprivoiser l’évolution du monde urbain. » Apprivoiser quoi? De quoi parle-t-il? Si vous en avez la moindre idée, n’hésitez pas à m’en faire part. Il ajoute que cette manifestation « est une prise de risque qui est perçue, à l’étranger, comme un signe positif d’ouverture en matière d’art. » Voilà qui me rassure: notre élu municipal s’inquiète de sa quote de popularité à l’étranger. Se destine-t-il à une carrière internationale qui l’emmènerait loin de nos frontières? Je tiens ici à lui manifester mon plus grand soutien dans ses démarches.

Mais rendons à César ce qui revient à César. La star de cet événement est quand-même notre ami désoeuvré et boutonneux… que dis-je? Je veux bien sûr parler de l’artiste Monk. Et bien, figurez-vous qu’il n’est pas du tout préoccupé de la question de la réception de son travail. « Beaucoup de gens n’ont pas compris qu’il s’agissait d’une oeuvre artistique, ce qui fait d’ailleurs presque partie de la démarche de l’artiste, » nous confirme notre futur politicien international. A défaut de m’être ouverte à l’art contemporain, j’ai au moins compris une chose: être artiste contemporain, c’est faire tout et n’importe quoi et, en plus, se ficher de son public. Quel beau métier!

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Soli Deo gloria!

Genève n’a pas la réputation d’être une ville très festive. Elle a un lourd héritage: il y a quelques 450 ans, Jean Calvin y imposait « la plus parfaite école du Christ qui n’ait jamais été sur terre depuis le temps des apôtres » (John Knox). Dans une société où les conflits pour l’indépendance politique face aux Ducs de Savoie et aux Princes-évêques avaient développé une idée de liberté presque unique dans l’Europe du début du XVIème siècle, Calvin réussit à soumettre les citoyens de Genève, à travers la doctrine évangélique, à une police morale qui surpassa celles du christianisme médiéval. En moins de 15 ans, la population passa sous le joug d’une discipline qui régissait jusqu’à ses moindres pensées. Non seulement Calvin contrôla les croyances, mais il changea les moeurs en imposant un régime d’austérité incontestable: le jeu, les spectacles, les bals, le luxe, la coquetterie, la débauche, l’obscénité et la prostitution devinrent interdits.

Calvin est mort, mais son régime, quoique adouci, lui survit encore de nos jours. Celles que l’on appelle les vieilles familles genevoises sont les héritières directes de cette époque. Issues des réfugiés protestants italiens et surtout français qui fuirent les persécutions et se réfugièrent en masse à Genève, elles apportèrent une grande prospérité à la ville grâce, justement, à cette sévérité dans leurs moeurs qu’elles ont gardée jusqu’à aujourd’hui. Elles vivent parfois somptueusement, mais toujours derrière d’austères façades. Leurs demeures de la vieille-ville ou de la ville basse sont belles, mais jamais ostentatoires. Elles utilisent les transports publics, alors que leurs voitures de luxe sont cachées dans les garages construits dans les remparts. Elles sont mesurées en tout, tant dans les plaisirs de la table que ceux de la fête. Les vagues suivantes d’émigrés, quels que furent leurs pays d’origine, leur religion et leur classe sociale, ne réussirent à modifier que superficiellement cet esprit modéré et contenu. A Genève, encore maintenant, on ne mord jamais pleinement dans la pomme.

Pourquoi, alors, ai-je été surprise de voir que la ville ne s’était pas parée de décorations pour les fêtes de fin d’année? Une simple guirlande de lumières borde la rade. C’est tout! Même les hôtels sont discrets. Seul le Kempinski a couvert sa façade de lumières bleues qui nous rappellent que nous sommes en fête. Pendant dix ans, nous avons eu droit à un festival magnifique d’arbres décorés. L’Ile Rousseau nous offrait un véritable feu d’artifice. Les Places du Port et du Cirque nous enchantaient avec leurs arbres merveilleux. La Place de Neuve et le Parc des Bastions nous éblouissaient. Le XXIème siècle commençait bien. J’aimais.

Avec 2011, retour donc à l’austérité… Soli Deo gloria!

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