Soli Deo gloria!

Genève n’a pas la réputation d’être une ville très festive. Elle a un lourd héritage: il y a quelques 450 ans, Jean Calvin y imposait « la plus parfaite école du Christ qui n’ait jamais été sur terre depuis le temps des apôtres » (John Knox). Dans une société où les conflits pour l’indépendance politique face aux Ducs de Savoie et aux Princes-évêques avaient développé une idée de liberté presque unique dans l’Europe du début du XVIème siècle, Calvin réussit à soumettre les citoyens de Genève, à travers la doctrine évangélique, à une police morale qui surpassa celles du christianisme médiéval. En moins de 15 ans, la population passa sous le joug d’une discipline qui régissait jusqu’à ses moindres pensées. Non seulement Calvin contrôla les croyances, mais il changea les moeurs en imposant un régime d’austérité incontestable: le jeu, les spectacles, les bals, le luxe, la coquetterie, la débauche, l’obscénité et la prostitution devinrent interdits.

Calvin est mort, mais son régime, quoique adouci, lui survit encore de nos jours. Celles que l’on appelle les vieilles familles genevoises sont les héritières directes de cette époque. Issues des réfugiés protestants italiens et surtout français qui fuirent les persécutions et se réfugièrent en masse à Genève, elles apportèrent une grande prospérité à la ville grâce, justement, à cette sévérité dans leurs moeurs qu’elles ont gardée jusqu’à aujourd’hui. Elles vivent parfois somptueusement, mais toujours derrière d’austères façades. Leurs demeures de la vieille-ville ou de la ville basse sont belles, mais jamais ostentatoires. Elles utilisent les transports publics, alors que leurs voitures de luxe sont cachées dans les garages construits dans les remparts. Elles sont mesurées en tout, tant dans les plaisirs de la table que ceux de la fête. Les vagues suivantes d’émigrés, quels que furent leurs pays d’origine, leur religion et leur classe sociale, ne réussirent à modifier que superficiellement cet esprit modéré et contenu. A Genève, encore maintenant, on ne mord jamais pleinement dans la pomme.

Pourquoi, alors, ai-je été surprise de voir que la ville ne s’était pas parée de décorations pour les fêtes de fin d’année? Une simple guirlande de lumières borde la rade. C’est tout! Même les hôtels sont discrets. Seul le Kempinski a couvert sa façade de lumières bleues qui nous rappellent que nous sommes en fête. Pendant dix ans, nous avons eu droit à un festival magnifique d’arbres décorés. L’Ile Rousseau nous offrait un véritable feu d’artifice. Les Places du Port et du Cirque nous enchantaient avec leurs arbres merveilleux. La Place de Neuve et le Parc des Bastions nous éblouissaient. Le XXIème siècle commençait bien. J’aimais.

Avec 2011, retour donc à l’austérité… Soli Deo gloria!

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4 Commentaires

Classé dans Humeurs

4 réponses à “Soli Deo gloria!

  1. saufquipeut

    C’est écrit, bref et concis, l’idée est bonne. Continue

  2. Sans doute est-ce dicté par le besoin d’économiser l’électricité, le désir de diminuer la pollution de la planète pour nous conserver d’autres émerveillements plus naturels?
    J’ai jugé utile que notre ville provençale se limite aussi. L’heure n’est malheureusement plus aux excès, non?

    • Vous avez sans doute raison, mais c’est toujours la même chose, c’est l’arbre qui camoufle la forêt. Justement dans des années de crise, un peu de lumière et de joie peut apporter un petit morceau de bonheur aux défavorisés, mais chez nous, comme partout ailleurs, il y a une volonté de politique d’austérité, tant qu’elle est appliquée sur… les autres.

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